« Celui qui sait borner ses désirs et voit sans envie ce qui est au dessus de lui s’épargne bien des mécomptes dans cette vie. Le plus riche est celui qui a le moins de besoins. » Le Livre des Esprits – Allan Kardec

Luc MOUSSU


Luc Moussu

président du Conseil Spirite Français





Propos recueillis par Pierre-Etienne.



Spiritisme & Charité.com : Peux-tu nous retracer l'histoire toute récente du Conseil Spirite Français ?
Luc Moussu : Le CSF est un tout jeune organisme. Il s'est créé le 9 Juin 2007 à  Denicé, près de Lyon.
Notre démarche a pour but de rétablir une base pour l'union et le rassemblement des Spirites en France, par une concertation la plus large possible, en invitant et en laissant constamment la porte ouverte à  tous.
Le seul point possible d'union et de rassemblement du mouvement spirite français est donc de revenir dans ces statuts à  la base de notre idéal commun, à  savoir, le Spiritisme tel que codifié par Allan Kardec, notamment dans son projet 1868 (Å’uvres Posthumes) dont nos statuts sont très fortement inspirés.
Notre devise est celle d'Allan Kardec:
"Hors la Charité point de Salut. Hors la charité point de vrais spirites." (Voyage Spirite en 1862, discours prononcé dans les réunions générales des spirites de Lyon et de Bordeaux.)

S&C.com : Quels sont ses objectifs à  court, moyen et long terme ?
LM : Nous nous engageons à  travailler en coopération avec toutes les fédérations d'autres pays, afin d'organiser en commun des travaux, des séminaires, des rencontres, etc.
Nous désirons également faciliter tout conférencier de renom pour le travail de divulgation en France en y apportant notamment le support logistique que notre structure sur toute l'étendue du territoire français nous permettra de lui accorder.
Nos buts principaux sont:
  1. promouvoir la fraternité et la solidarité entre toutes les institutions spirites et les personnes spirites isolées, tant en France que dans les pays francophones, afin de générer l'unification du mouvement spirite ;
  2. promouvoir l'étude et la diffusion de la doctrine spirite, dans ses trois aspects fondamentaux: scientifique, philosophique et moral ;
  3. promouvoir l'étude scientifique des phénomènes spirites ;
  4. stimuler et aider à  la création de nouveaux groupes spirites, et coopérer avec tous les groupes qui le composent, sur leur demande, dans la structure de leurs activités doctrinales, d'administration, d'unification, de soutien ou autres ;
  5. promouvoir la pratique de la charité spirituelle, morale et matérielle à  la lumière de la doctrine spirite.

En ce qui concerne donc le moyen et le court terme, nous mettons l'accent sur la création et le développement des centres en France. En leur donnant autant les moyens que le soutien de tout le mouvement pour en finir avec l'isolement qui mine le développement du Spiritisme dans notre pays.
A cela se rajoutera bientôt une campagne pour l'évangélisation ou éducation enfantine et juvénile dans les centres. Ceci est vital pour la pérénité du mouvement et relève de la responsabilité de chacun d'entre nous pour l'avenir.

S&C.com : Combien de centres se trouvent regroupés sous l'égide du CSF ?
LM : Nombreux sont ceux en France qui ont compris cette démarche et qui y ont adhéré promptement. Nous avons donc 14 groupes déclarés en préfecture et qui adhèrent activement au sein du CSF. Nous sommes en relation avec un certain nombre de groupes indépendants. Nous mettons en place des rencontres de spirites isolés dans différentes régions de France pour favoriser la création de centres à  proximité d'un maximum d'entre eux. Ainsi 3 à  4 groupes pourraient voir le jour prochainement. Ils seront bien sûr libres de nous rejoindre par la suite, respectant ainsi le libre arbitre de tous.


S&C.com : Le 1e séminaire organisé par le CSF à  Dénicé (environs de Lyon) a été un franc succès. Ce genre d'expérience sera-t-il répété ? et si oui, à  fréquence régulière ?
LM : Il est clair qu'un second volet va faire suite au séminaire de Denicé qui était consacré à  la création d'un centre spirite. C'est ainsi que les centres du Nord accueilleront le week end du 29 et 30 Novembre le séminaire dédié à  « La médiumnité dans les centres et les façons de l'aborder ». Nous aurons le plaisir d'accueillir de nouveau César Perri qui n'hésite pas à  chaque fois de faire le déplacement pour nous faire part de son immense expérience dans ce domaine. Un autre séminaire suivra, suite logique et nécessaire, sur le thème de l'évangélisation enfantine et juvénile. Nous espérons pouvoir y faire venir la responsable européenne Claudia Werdine, personne expérimentée et compétente, car c'est une action importante qui doit impérativement être entreprise en France et qui a que trop tardé jusqu'à  présent.


S&C.com : Comment comprends-tu le fait qu'en France, le Spiritisme soit aussi méconnu et suivi alors qu'Allan Kardec est tout de même originaire de Lyon et, outre ses années de scolarité à  Yverdon (Suisse), a passé toute sa vie à  Paris ?
LM : C'est une question intéressante et tout le monde a son explication semble-t-il. Pour ma part, je pense qu'il est trop facile de prétexter les guerres, car moins que les autres organisations spiritualistes comme les Franc-Maçons, nous fûmes inquiétés par l'occupant en France.
La monté du matérialisme ne peut pas tout expliquer, un Spirite n'y est-il pas normalement plus qu'un autre insensible, ou bien étaient-ce des Spirites au rabais? Non, ils avaient la foi eux aussi, et l'assurance de leurs principes, comme nous.
Je vois donc plutôt une loi de causalité. Rien n'a été fait pour pérenniser le mouvement, et c'est me semble-t-il une erreur que nos aînés ont commise au début du XXe siècle, à  laquelle heureusement nos frères Brésiliens se sont soustraits. En effet, le Spiritisme s'enseignant et ne s'imposant pas, ne pratiquant de plus aucun prosélytisme, sans évangélisation de leurs enfants, le mouvement en France ne pouvait que péricliter. Il est à  noter que les groupes les plus anciens sont ceux qui ont pratiqué cette évangélisation.
Il est une somme de travaux qui nous est demandé en tant que Spirite. La réforme intime est la pierre angulaire d'une multitude de ceux-ci.
Parmi ces responsabilités qui incombent à  chaque Spirite fréquentant un groupe spirite, nous avons l'évangélisation des enfants et des adolescents.
Vaste débat diront certains, impossible à  implémenter en France diront d'autres, dernier des soucis du centre diront le reste.
Nous ne disons pas que ceci est un débat, ou un problème insoluble, ou une priorité lambda dans un centre, nous disons que c'est une nécessité absolue, avant même le travail médiumnique.
Ceci pour plusieurs raisons:
- La responsabilité de tout Spirite d'apporter le message du Christ aux Esprits que Dieu lui a confié dans sa propre famille, dans son propre sein.
- La responsabilité de préparer le monde régénérateur qui ne viendra pas pour nous sans rien faire.
- La responsabilité de diminuer les Esprits souffrants (donc une part du travail médiumnique), en éclairant de leur vivant un maximum d'Esprits.
- La responsabilité de ne pas commettre à  nouveau les erreurs de nos aînés.
Si nos groupes vieillissent sans relève interrogez-vous. Si le travail est à  refaire continuellement sans garantie avec de nouveaux arrivants dans les groupes sans que ceux-ci s'agrandissent forcément, interrogez-vous.
Si nous ne réalisons pas ce travail, il est à  parier que le Spiritisme s'effacera de nouveau en Europe, pour revenir avec une autre génération d'Esprits. Ceux-ci devront alors recommencer la divulgation de nouveau à  zéro, alors que si la liaison entre génération était assurée, ils mettraient à  profit les structures existantes.

S&C.com : Selon toi, qu'est-ce qui pourrait permettre au Spiritisme d'être mieux connu et reconnu en France ?
LM : Une image plus sérieuse et des projets de sociétés concrets s'insérant dans la réalité quotidienne de nos concitoyens.
Il n'y a pas de miracle, si nous n'allons pas où sont les gens, si nous ne montrons pas l'exemple, et si nous demeurons hésitant à  évoquer notre appartenance au mouvement spirite quand on nous questionne, les choses n'ont aucune raison de changer.

S&C.com : Quand on parle de divulgation et d'acceptation du Spiritisme, on pense forcément au cas du Brésil qui est unique au monde. Quelles sont à  ton avis les différences fondamentales qui font la différence entre les deux pays pour ce qui est de l'implantation de la doctrine spirite?
LM : On peut dire qu'à  la fin du XIXème siècle les deux modèles étaient équivalents à  leur stade d'évolution. Le Brésil mettant en place dès Bezerra de Ménezes l'évangélisation des plus jeunes, il su garantir le progrès dans l'avenir du mouvement pour son pays.
Le mouvement en France périclita, pendant que celui du Brésil évoluait sur des bases jeunes et solides.
Nous nous retrouvons ainsi aujourd'hui, avec un mouvement Brésilien qui a bien plus d'un siècle de suivi d'histoire, et un mouvement français qui essaye de renaître de ses cendres depuis les années 1980.
Avec le particularisme qui distingue bien sûr nos deux pays, il n'est pas à  douter que lorsque le mouvement en France aura eu une histoire continue comparable à  celle du Brésil, son implantation sur le territoire sera comparable à  ce qui existe actuellement au Brésil.

S&C.com : Le Spiritisme nous enseigne que tout suit une courbe évolutive ascendante. Or, à  notre époque, on a plutôt l'impression que cette courbe est descendante tant le quotidien nous révèle des abus, détournements, violences et abominations. Comment expliques-tu cela ?
LM : C'est une fausse impression, car tout s'améliore autour de nous. N'oublions pas qu'il n'y a pas cent ans, on pouvait se provoquer en duel à  mort pour n'importe qu'elle raison. De plus il n'y a pas si longtemps, les personnes de ma génération l'ont vécue, notre pays pratiquait la peine de mort.
La responsabilité est portée par un grand nombre d'entre nous en réalité. Ainsi trouve-t-on la réponse dans Le Livre des Esprits à  la question 932:
932. Pourquoi, dans le monde, les méchants l'emportent-ils si souvent en influence sur les bons?
« C'est la faiblesse des bons; les méchants sont intrigants et audacieux, les bons sont timides; quand ceux-ci le voudront, ils prendront le dessus. »
Ceci rejoint la réponse que j'ai donné à  ta 6ème question. Car quand on parle de personnes qui donnent l'exemple, le Spirite doit-être le premier. Et le Spirite doit en conséquence clairement faire remarquer si cela lui est demandé que son exemplarité est liée à  sa spiritualisation et se déclarer Spirite.

S&C.com : Nos frères Brésiliens disent que le Spiritisme, on y vient soit par la douleur, soit par l'amour. Quel fut ton itinéraire ?
LM : Sur Terre on aime et on souffre, si bien qu'il y a pas trop de risque à  parier que dans toute histoire on ait toujours un peu des deux!
En ce qui me concerne, c'est une quête mystique: je refusais l'idée que Dieu ne nous ait pas fait suffisamment intelligent pour nous faire comprendre ce qu'Il attendait de nous, ceci de façon logique et rationnelle. En moi était ancrée la foi inébranlable d'un Dieu juste et bon. Or ce qui se passait autour de moi, et dans le monde n'était pas cohérent avec cette foi, à  moins qu'elle ne devienne aveugle, et je m'y refusais.
J'ai lu des dizaines et des dizaines de traités ésotériques, légendes, mythes, religions, car la vérité ou même des bribes de celle-ci devaient se trouver quelque part.
Aucun ne me satisfît. Par ironie (ou non) le Livre des Esprits a été le dernier de ma liste, car je n'étais pas prêt à  croire aux tables tournantes!
En lisant le Livre des Esprits je su EXACTEMENT que j'avais trouvé, sans l'ombre d'un doute. Tout y était limpide, logique. La bonté et la Justice de Dieu y était claire par le principe de la réincarnation et la loi de causalité.
Ce long cheminement qui dura des années a eu son intérêt, car j'avais acquis des connaissances sur les autres spiritualismes qui m'ont conforté sur la justesse rigoureuse et pertinente du Spiritisme.

S&C.com : Que dirais-tu aux personnes qui sont en recherche et qui te liront ?
LM : Je leur dirais simplement qu'il ne peut y avoir de plus bel idéal pour une personne en recherche que de suivre l'exemple du Christ. On ne peut pas se tromper en le prenant comme exemple: à  chaque hésitation ou choix dans notre vie, on s'interroge sur ce qu'il aurait fait à  notre place, on écoute la réponse de notre coeur et il nous reste plus qu'à  agir en conséquence. En agissant ainsi, nous entamons notre spiritualisation qui nous amène vers Dieu notre père.