« Rien de grand ne s’acquiert sans peine. Une lente et laborieuse initiation est imposée à ceux qui cherchent les biens supérieurs. » Spiritisme et Médiumnité – Léon Denis

La médiumnité dans le Spiritisme

Dans la pensée de nombreuses personnes, faire tourner une table, communiquer avec les défunts par quelque moyen que ce soit, c’est faire du spiritisme. Ces modes de communication ne sont autres que la médiumnité, capacité qui, depuis l’aube des temps, et parmi tous les peuples, se manifeste chez certains individus ayant des prédispositions, une sensibilité médiumnique accrue. Pour pratiquer la médiumnité, il n’est pas nécessaire d’être spirite, pas plus qu’elle n’est propriété du Spiritisme, même si elle en fait partie intégrante. Ainsi, on la retrouve employée chez les peuples africains d’il y a 4000 ans, qui entraient en contact avec des entités particulières, au cours de rituels particuliers. On la retrouve chez les Indiens d’Amérique du Nord, avec les chamans, en Amazonie, chez les Indiens de la forêt vierge, les Grecs, les Romains, etc.
Mais la médiumnité telle que nous la connaissons aujourd’hui a véritablement émergé au XIXe siècle, avec un des faits les plus notables qui constitue l’histoire de la famille Fox.

 Un petit retour dans le temps

Les soeurs Fox
Les sÅ“urs FoxÂ
«  Dans la nuit du 28 mars 1848, dans les murs de bois de la maison de John D. Fox, commencèrent à retentir des coups incommodants, perturbant le sommeil de la famille qui était méthodiste. Les petites Katherine (Katie ou Kate), âe de neuf ans, et Margaret, de douze ans, coururent vers la chambre de leurs parents, effrayées par les coups dans les murs et le plafond de leur chambre.
Cette baraque, dans le hameau de Hydesville, dans le Conté de Wayne, État de New York, était construite sur un terrain marécageux. Les fondations étaient de pierre et de briques jusqu'à hauteur de la cave et d'ici vers le haut surgissaient des murs de planches. Ses derniers occupants, les Weekmans, confessèrent aussi postérieurement avoir entendu des battements dans la porte, des pas dans la cave et d'autres phénomènes inexplicables.
Le 31 mars 1848, la famille Fox se coucha plus tôt que de coutume car il y avait trois nuits de suite qu'elle n'avait pu trouver le sommeil. Il fut sévèrement recommandé aux enfants, dormant à présent dans la chambre des parents, qu'ils ne se réfèrent pas aux bruits, même s’ils les entendaient.
Rien, pourtant, n'empêcha à ce que peu après, les bruits ne reviennent, devenant, parfois, de véritables détonations qui faisaient trembler jusqu'aux meubles de la chambre.
 Les petites s'assirent dans le lit, et M. John Fox se résolut à effectuer une recherche complète à l'intérieur et à l'extérieur de la petite habitation, mais il ne trouva rien qui expliquât ce mystère.
Kate, la plus jeune des filles du couple, très vive et un peu habituée déjà au phénomène, se mit à un moment donné à imiter les coups, battant avec ses doigts contre un meuble, pendant qu'elle s'exclamait dans la direction d'où les bruits étaient les plus constants: "Vas-y, Old Splitfood, fait ce que je fais." Promptement les coups de "l'inconnu" se firent entendre, en nombre égal, et s'arrêtaient aussi quand la petite s'arrêtait.
Margaret, plaisantant, dit : "Maintenant, fait la même chose que moi : compte un, deux, trois, quatre", et elle donnait en même temps de petits coups avec les doigts. Sa demande fut pleinement satisfaite, laissant tout le monde stupéfait et apeuré.
La communication entre les vivants et les morts était établie et une nouvelle ère aux grandes espérances s'installait, avec la preuve effective de la continuité de la vie outre-tombe.
Cette même nuit du 31 mars diverses questions furent faites par les humbles propriétaires de la maison et par les innombrables voisins que l'on avait appelés, obtenant toujours, au moyen d'un certain nombre de coups, des réponses exactes aux questions formulées. Le communicant invisible fournit aussi son histoire : il était un vendeur ambulant, que d'anciens habitants de cette maison avaient assassiné, il y avait environ cinq ans, afin de dérober l'argent qu'il avait ; son corps se trouvait enterré dans la cave, à dix pieds de profondeur.
Dans la petite habitation avait résidé, en 1844, le couple Bell, sans enfants, et qui possédait seulement une jeune domestique, Lucretia Pulver, qui dormait souvent chez ses parents. Lorsque fut fait une enquête, ce fut elle que l'on entendit car le couple avait déjà disparu de la région. Elle se souvenait d'un vendeur ambulant qui un certain jour apparut à la maison, et ses patrons l'envoyèrent dormir chez ses parents pour que le pensionnaire puisse passer la nuit dans sa chambre. Le matin, elle se présenta à la maison de ses patrons et elle apprit que le vendeur était parti très tôt.
Maison des Fox
Maison de la famille Fox
Face à la déposition obtenue par les coups du batteur invisible, des excavations furent faites dans la cave, mais c'était l'époque des pluies et, comme l'eau remplit rapidement la fosse qui s'ouvrait dans le terrain marécageux, ils résolurent de procéder à la fouille lors d'une époque plus propice. L'été, ils continuèrent l'excavation et, à cinq pieds de profondeur furent découverts du charbon, de la chaux et quelques os humains. La découverte étant très incomplète, les incrédules émirent des doutes sur la véracité de la révélation.

   Les coups continuèrent, ayant pour témoins plusieurs centaines de curieux. Peu à peu, ils établirent une convention afin de recevoir des réponses plus détaillées aux questions faites aux auteurs invisibles. On convint d'un alphabet où chaque lettre était représentée par un certain nombre de coups : le A serait un, le B serait deux, le C, trois, et ainsi de suite.
Les petites Fox voyagèrent, et également dans les autres maisons où elles étaient hébergées, les battements se faisaient entendre, de nouvelles conversations s'engageant avec les Esprits, d'autres phénomènes extrêmement intéressants se produisant aussi. On nota qu'elles possédaient une faculté spéciale, et peu après il s'observa que d'autres personnes étaient dotées de facultés similaires: au contact de leurs mains, une table se levait, donnait des coups avec les pieds, et ces coups répondaient avec intelligence à des questions. Les noms de personnalités respectables déjà décédées signaient de beaux messages annonciateurs d'une révolution dans le domaine moral des créatures humaines, disant finalement que les temps étaient arrivés pour que de nouveaux horizons s'ouvrent aux destins des hommes.
La moitié d'un siècle d'oubli passa sur Hydesville. Et alors voici que quelques écoliers du voisinage, jouant sur le lieu des ruines de la baraque, notèrent qu'il était tombé un pan entier d'un mur interne avec les fondations, laissant visible un squelette humain presque entier et un coffre de fer. Ainsi, la déclaration que l'Esprit du vendeur ambulant avait faite cinquante cinq ans auparavant était de nouveau confirmée. Le couple Bell dissimula le cadavre et le coffre dans le mur de la cave et construisirent, du côté intérieur, un autre mur. Le fait fut consigné dans le "Boston Journal" du 23 novembre 1904, qui dit qu'ainsi s'évanouissaient les dernières ombres de doute encore existantes.  » extrait tiré du volume I de la biographie d’Allan Kardec, de Z. Wantuil, F. Thiesen, éditée par le Conseil Spirite International.
Cet événement est déterminant car il attira l’attention de très nombreuses personnes, de différents milieux. Ces phénomènes physiques se reproduisirent dans le monde entier et c’est tout naturellement qu’en plein XIXe siècle, les guéridons parisiens se mirent à trépigner sous l’influence d’êtres invisibles. Bien souvent pris avec légèreté, les phénomènes médiumniques attirèrent malgré tout l’attention de personnes qui surent voir en ces manifestations l’expression d’intelligences désincarnées. Au nombre de ces personnes se trouve Allan Kardec qui fut l’initiateur du Spiritisme tel que nous le connaissons aujourd’hui.{mospagebreak}

 La médiumnité
La médiumnité est une aptitude de l’être humain à entrer en contact, de manière consciente ou inconsciente, avec le monde invisible, le monde des Esprits. Chez certaines personnes, la sensibilité médiumnique n’existe qu’à l’état inconscient, c'est-à -dire que bien que vivant l’influence des Esprits, celle-ci demeure occulte, imperceptible de manière concrète. C’est ce qui se produit chez la plus part des êtres incarnés. Dans le chapitre IX du Livre des Esprits, nous trouvons la question 459 où il est demandé : «  Les Esprits influent-ils sur nos pensées et sur nos actions ? Sous ce rapport leur influence est plus grande que vous ne croyez, car bien souvent ce sont eux qui vous dirigent.  » Si être médium est être réceptif aux intentions des Esprits, alors nous le sommes tous. Mais si il y a, comme nous venons de le voir, des individus qui ne sont que passivement médium, d’autres le sont de manière ostensible. On peut alors séparer les phénomènes médiumniques en deux catégories : les phénomènes à effets physiques et les phénomènes à effets intelligents.
La première catégorie regroupe toutes les manifestations telles que les coups frappés, le déplacement d’objets, la matérialisation d’objets, les moulages, etc. Il s’agit en fait de tous les phénomènes où l’Esprit interagit avec la matière. Dans la seconde catégorie, les effets sont plus centrés sur le médium. Ainsi, nous y trouverons la psychophonie (médium à incorporation), la psychographie (écriture automatique), les intuitions, la xénoglotie (fait de parler une langue inconnue du médium), la médiumnité de guérison, etc. Ici, l’Esprit agit directement sur le médium par l’intermédiaire duquel il se manifeste.

Moulages dans la cire

Matérialisations en paraffine de mains, visage et fleurs.

Moulages en cire

La médiumnité est indépendante de l’élévation spirituelle de la personne. Elle obéit à une nécessité de l’Esprit incarné, nécessité évolutive. En cas de mauvais usage, elle peut être suspendue, de manière temporaire ou définitive.

La médiumnité dans le Spiritisme
«  Hors la charité point de salut.  » Belle devise qu’Allan Kardec a léguée au Spiritisme. La première chose que l’on comprend quand on s’intéresse à la Doctrine Spirite, c’est que tout est mû   » par la charité. C’est l’élan supérieur qui nous emmènera jusqu’à Dieu.
La médiumnité fait partie intégrante du Spiritisme. Sans elle, il n’y aurait pas eu ces quantités d’enseignements inestimables que nous ont délivrés nos frères de l’Au-delà . Mais si la charité doit être appliquée dans chacun de nos actes, elle doit alors l’être aussi dans la médiumnité.
Un médium spirite ne cherchera donc jamais à retirer le moindre bénéfice pour sa propre personne de sa capacité. Il n’acceptera pas plus qu’il ne demandera ni paiement ni présent. Il ne la réservera pas à certaines personnes ou à certains Esprits mais la mettra au service de tous, sans distinction. Très souvent, on entend des personnes dire «  oui, mais il faut bien qu’un tel ou une telle vive. Il ou elle y consacre tout son temps.  » Mais prenons l’exemple d’un des plus fameux médiums de notre époque, le Brésilien Francisco Cândido Xavier, plus couramment appelé Chico Xavier. À l’âge de cinq ans, Chico perdit sa mère. Un an plus tard, elle lui rendait visite, marquant ainsi le début de sa médiumnité. C’est en 1927 qu’il commença à mettre sa médiumnité au service des Esprits.Travaillant la journée, il consacrait ses nuits à la médiumnité. Un jour, il fit part à son mentor spirituel, Emmanuel, de son désir d’arrêter son travail pour se consacrer à la médiumnité. Mais celui-ci lui fit clairement comprendre que cela était hors de question : il avait besoin d’argent pour vivre et cet argent, il l’obtiendrait par son travail diurne. Chico put se dédier à plein temps à la médiumnité dès qu’il fut à la retraite. Chico Xavier apportait énormément aux personnes qui venaient à sa rencontre, mais il n’eut jamais le droit d’abandonner son travail au profit de la médiumnité. La médiumnité rémunérée, outre le fait qu’elle se met hors de la portée de toutes les bourses et, par conséquent, devient réservées aux personnes qui peuvent payer, peut entraîner des abus, des écarts, des problèmes. Tout d’abord, comme le dit Chico, «  le téléphone sonne de là -bas vers ici  ». Autrement dit, aucun médium ne peut garantir une communication puisque s’il n’y a pas d’Esprit pour se manifester, il ne pourra les obliger à venir. Cela peut donc induire la supercherie dans les cas où rien ne voudrait se manifester mais qu’il faut assurer la prestation. D’autre part, ce désir de rémunération peut attirer des Esprits de basse élévation, des Esprits qui se serviront du médium comme celui-ci se sert d’eux. Et parfois, cela peut engendrer des situations douloureuses. Le cas d’une personne qui est allée consulter un médium qui avait des honoraires nous a été comté. L’entretient qui dura plus de deux heures fut un laminage en règle : la personne, en souffrance, n’a entendu que des mots durs et effrayant qui émanaient, selon le médium de son propre guide spirituel. Il ne demanda pas de paiement. Mais le résultat fut catastrophique. Plus tard, il fut expliqué à cette personne que le médium avait été abusé par des Esprits malveillants qui servaient d’autres intérêts. Un cas similaire est décrit en détail dans le livre «  Libération  », psychographié par Chico Xavier avec l’Esprit André Luiz.
Effectivement, tout travail rémunéré est fruit de l’apprentissage de celui qui le pratique. Hors, la médiumnité est une faculté automatiquement acquise par le médium en fonction de ses besoins évolutifs. Il exploite alors un don que Dieu lui a fait. Et que se passerait-il alors si après cette incarnation Dieu lui demandait des comptes pour l’usage qu’il a fait de ses capacités ? Par ailleurs, la médiumnité saintement pratiquée se fait sous l’égide des Esprits bienveillants qui apportent réconfort, enseignement et protection. Quel mérite a donc le médium dans une communication puisque son essence provient d’être bien plus évolués et qui distribuent leurs bénédictions ?
«  Que celui donc qui n'a pas de quoi vivre cherche des ressources ailleurs que dans la médiumnité ; qu'il n'y consacre, s'il le faut, que le temps dont il peut disposer matériellement. Les Esprits lui tiendront compte de son dévouement et de ses sacrifices, tandis qu'ils se retirent de ceux qui espèrent s'en faire un marchepied.  » (L’Évangile selon le Spiritisme, ch. XXVI, item 10.)
Si comme nous l’avons vu précédemment, la moralité du médium n’a rien à voir avec la possession et l’usage de la médiumnité, il en va tout autrement pour le médium spirite. Conscient que ces facultés viennent de Dieu et qu’elles ont pour but l’évolution, il les considèrent avec respect et y recourt en y appliquant son filtre moral, la mettant toujours au service d’autrui, incarné ou désincarné, en respectant les simples paroles du christ : «  aimez-vous les uns les autres  ».
La médiumnité dans le Spiritisme doit également être pratiquée, dans la mesure du possible, au sein d’un centre spirite. Cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les centres spirites jouissent de l’assistance spirituelle d’Esprits élevés qui fournissent leur concours pour le bon déroulement des travaux. De plus, la pratique médiumnique en groupe permet, entre autres :
1 . d’avoir parfois la confirmation venant d’autres personnes, présentes, sans concertation et de manière spontanée, de ce que l’on a pu voir, sentir ou entendu ;
2 . d’avoir le contrôle d’une personne plus informée qui pourra attirer l’attention des médiums lors de communications douteuses que le médium n’aurait pas perçu.
Nous avons évoqué l’assistance des bons Esprits et leurs communications. Mais il n’est pas à exclure la venue d’Esprits moins éclairés, Esprits que l’on qualifie d’inférieurs (en opposition aux bons Esprits, les Esprits supérieurs). Un Esprit de ce type est avant tout un frère qui souffre. André Luiz nous le démontre régulièrement dans ses ouvrages. Le plus endurcis des Esprits porte en son cÅ“ur de terribles plaies. Refuser la communication à ces Esprits, c’est manquer de la plus élémentaires des charités. MAIS, car il y a un mais, traiter avec ces Esprits ne peut se faire sans un entraînement du groupe, sans l’assurance du dirigeant, sans un effort fait dans la réforme morale de chacun, car cela n’est pas dénué de risque. Les Esprits supérieurs protègent les travailleurs, mais on ne peut prémunir l’enfant inconscient de tous les dangers, raison pour laquelle il est important d’avancer pas à pas, en sachant que nos frères spirituels, si nous respectons une évolution dans le travail sérieuse et régulière, amèneront les Esprits qui peuvent être aidés par le groupe.
Enfin, il est un point des plus importants sur lequel nous finirons : l’étude. Il n’y a rien de plus dangereux que l’usage de la médiumnité par une personne qui en ignore les rouages, les «  règles  ». Elle peut dès lors devenir le jouet d’Esprits malveillants qui exploiteront son ignorance en la matière et être conduite à des situations qui la couvriront de ridicule ou à des situations dangereuses. C’est la raison pour laquelle il est fortement déconseillé de «  s’amuser  », chez-soi, avec un verre ou tout autre objet, pour invoquer les Esprits. Il y a des risques, et ils ne sont pas minces. Il y a de nombreux cas de personnes qui, pour satisfaire à une envie curieuse, se sont livrées à ce genre d’expériences et qui ont endurée des jours difficiles par la suite.

Le médium par excellence : Jésus
Le plus illustre médium que la Terre ait connu est, sans conteste, le Christ. Si on se réfère aux Évangiles, on peut l’y voir pratiquer des guérisons, des désobsessions (que l’Église appelle exorcismes), des matérialisations, etc. C’est en toute logique que le médium spirite doit le prendre comme exemple puisque Jésus pratiquait la médiumnité animé par l’amour et la charité, sans ostentation, la mettant au service de son prochain, sans distinction de race, de rang ou de confession religieuse.

 Loin d’être une source d’orgueil ou de vanité, la médiumnité est soit une mission soit, dans la plupart des cas, une expiation ou une épreuve. Par conséquent, l’humilité est de rigueur dans la pratique médiumnique car elle a pour objectif notre évolution vers Dieu qui nous a accordé cette bénédiction pour que nous puissions nous rapprocher un peu plus de Lui et rembourser une partie des dettes que nous nous sommes faites au cours de nos existences passées.