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Ésotérisme, occultisme

Bien souvent, le Spiritisme se retrouve, à  tords, confondu avec l'ésotérisme et l'occultisme. Vous pourrez mieux cerner les différences qui existent après avoir lu ce dossier réalisé par Codex.

L'à‰SOTà‰RISME

Dans le langage courant, ce mot s'applique à  ce qui est difficile, secret et par là  même plus ou moins mystérieux. Est dit ésotérique ce que l'on ne comprend pas immédiatement, ce qui exige une étude préalable, une sorte d'initiation.

Historiquement, l'ésotérisme est l'ensemble des principes d'une doctrine réservée aux seuls initiés et dont le but est de découvrir le sens caché des dogmes, des écritures et des symboles.

L'ésotérisme se retrouve au sein de toutes les cultures. Dans la philosophie grecque, il s'applique principalement à  la pensée de Pythagore, héritier de la sagesse des prêtres d'Egypte et de leurs mystères. L'enseignement des philosophes anciens comportait des doctrines vulgaires, qu'ils dispensaient à  tous, et des doctrines secrètes, qui dépassaient le niveau d'un exposé rationnel. Les premières étaient exotériques (exô : au-dehors), les secondes ésotériques (esô : au-dedans).Cette dualité est celle, éternelle, de l'extérieur et de l'intérieur, de l'évident et du caché ; c'est aussi celle de la " substantifique moelle ", celle de l'apparence et de la vérité difficile à  atteindre.

Au-delà  de la nature sensible et visible, les philosophes de l'Antiquité distinguaient une réalité supérieure. Ainsi avaient-ils divisé l'univers en trois mondes : le matériel, le psychique et le spirituel, auxquels correspondaient le corps, l'âme et l'esprit, comme les trois disciplines correspondantes : la science physique, la psychologie et la métaphysique.

Cette division ternaire est commune à  toutes les doctrines traditionnelles : juive, hindoue et chinoise. Pythagore et Platon l'enseignaient, et les trois mots grecs soma, psyché, noûs sont traduits en latin par corpus, spiritus, animus Ce sont aussi les trois termes de la tradition chrétienne, que l'Evangile selon saint jean énonce ainsi : vita, verbum, lux. De même saint Irénée dans son traité de la Résurrection : " Il y a trois principes de l'homme parfait : le corps, l'âme et l'esprit. ". Ce ternaire aura son application dans les trois facultés de l'homme : l'intuition pour le corps, la raison pour l'esprit et l'imagination pour l'âme.

La doctrine se scindera en trois éléments, un dogme pour l'intelligence, une morale pour l'âme et des rites pour le corps. Ces rites auront notamment pour but de conditionner favorablement le sujet pour l'initiation.

Platon

La doctrine se scindera en trois éléments, un dogme pour l'intelligence, une morale pour l'âme et des rites pour le corps. Ces rites auront notamment pour but de conditionner favorablement le sujet pour l'initiation.

Pour la science et la raison, seuls existent les faits observables et mesurables. Pour l 'ésotérisme, il faut aller au-delà . La raison ne peut donner que des réponses contenues dans les faits. Et l'expérience, la science, le savoir sont trop restreints pour apporter une solution aux grandes questions. Seule, la tradition issue des époques les plus reculées, cette connaissance pour ainsi dire ancestrale, née avec l'homme et donnée héréditairement, peut constituer un témoignage.

La tradition, ainsi considérée comme une " sur-mémoire ", une " mémoire ancestrale ", ne peut s'accommoder des mots, bornés dans leur sens et dans leur audience. Elle s'exprimera par symboles, les mêmes dans leur valeur secrète pour tous les temps et dans tous les lieux. Toutes les mythologies peuvent s'exprimer ésotériquement. Le mythe n'est pas un récit ordinaire et l'important n'est pas dans les péripéties : il a un enseignement symbolique. Et le symbole est toujours lumineusement le même : c'est une recherche traversée d'épreuves. Le héros a perdu sa fiancée ou sa patrie ; il est privé de sa forme physique, telle la Bête ; on a égaré un vase sacré, le Graal, ou une parole, comme dans la maçonnerie ; l'alchimiste cherche le secret de la pierre philosophale ou de l'élixir ; même la Bible a son paradis perdu. Et toutes les quêtes seront autant de marches à  gravir avant d'accéder à  la connaissance. Aussi l'ésotérisme n'existe-t-il pas sans initiation ; c'est une certitude universelle que la connaissance ne se mérite et ne s'acquiert qu'avec peine et dans le silence. Les rites des sociétés primitives et les mystères antiques en portent témoignage : le primitif devra, par ascèse, s'astreindre aux épreuves du sorcier ; le myste se soumettra à  des purifications, à  des jeûnes, à  des lustrations qui le prépareront, tant sur le plan physique que sur le plan moral et philosophique, et le mystagogue observera des rites dont chacun possède un sens profond.

On distinguera ici les doctrines proprement ésotériques des religions révélées, même initiatiques. Telles sont : le brahmanisme, dont le yoga enseigne le dur chemin à  parcourir avant d'arriver à  l'extase ; le bouddhisme, qui donne huit sentiers menant au nirvâna (celui de la vision juste, celui du langage exact, celui de la volonté ferme, etc.) ; le bouddhisme zen, qu'on ne peut apprendre qu'auprès d'un maître, vivant avec lui dans la pauvreté, la vacuité, la pureté, la " nudité morale " ; le taoà¯sme, prônant la patience comme vertu majeure. Le judaà¯sme s'inscrit dans cette même tradition : l'initié s'instruit par la cabale.

Aucun ésotérisme n'est plus fermé que celui des cabalistes, resserrés sur eux-mêmes. Enfin, l'islamisme distingue la règle exotérique (de l'obéissance et de la foi) de la connaissance pure, réservée aux initiés. Il y a eu aussi un ésotérisme chrétien ; il s'est formé dans la tradition des Esséniens, qui donnaient l'image de la spiritualité la plus haute. L'empereur Constantin, en proclamant la religion chrétienne religion d'Etat, changea tout cela, ce qui ne se fit pas sans engendrer chez certains un grand regret. Une tradition ésotérique fut cultivée dans certains ermitages et certains cloîtres, à  la limite de l'hérésie et parallèlement à  l'enseignement traditionnel, donnant naissance, entre la première et la deuxième croisade, à  l'ordre des Templiers " gardiens de la Terre sainte ", à  l'association des Rose-croix et à  leur héritière, la franc-maçonnerie. Les confréries ésotériques et initiatiques, vouées à  l'ombre, ne sortent de leur secret que par accident et sont naturellement en butte à  la méfiance et à  l'hostilité qui entoure toute initiative non conformiste. Par nature, l'ésotérisme est une discipline qu'il n'est au pouvoir de personne de répandre " Ce que transmet le maître au disciple, ce n'est pas le secret lui-même, mais le symbole et l'influence spirituelle qui rendent possible sa compréhension."




L'OCCULTISME

Terme désignant l'ensemble d'études et de pratiques qui substituent à  la recherche rationnelle de la vérité la croyance en une réalité suprasensible.

Les " sciences occultes " (du latin occultus : caché, secret) comportent essentiellement l'astrologie, la magie, la cabale, l'alchimie, la métapsychique. Une constante apparaît dans l'histoire de l'occultisme : l'enseignement de ses " sciences ", souvent transmis de bouche à  oreille (ce qui explique nombre de secrets perdus), ne se communique jamais en langue vulgaire, mais toujours en langue initiatiques ou savante.Les Anciens, pratiquant en science une politique théocratique et aristocratique, distinguaient deux formes d'enseignement savant : celle destinée au commun et celle réservée aux prêtres, aux philosophes, aux initiés. La première se limitait à  consentir au plus grand nombre la jouissance due à  la pratique d'une discipline donnée. La seconde, gardée pour les élus, considérait la discipline observée dans sa totalité, pensée et application, cause et effet. Le savoir antique est toujours occulte. Ainsi, pour traduire les hiéroglyphes égyptiens, il existera deux possibilités de décryptage ; le décryptage vulgaire et le décryptage initiatique (en usant d'une clef détenue par quelques-uns). Les mêmes mots, les mêmes phrases, suivant que l'on utilise l'un ou l'autre procédé, n'auront plus, alors, la même valeur.

L'occultisme s'envisage davantage comme une pensée que comme la croyance aveugle en des rites fidéistes et formels. Les études et les pratiques des différents " sciences occultes " tendent à  découvrir, outre leur vérité intrinsèque, le lien qui les unit à  la fois entre elles et à  un Tout créateur. Alors que la science observe des faits, émet des hypothèses, les vérifie et les expliques, l'occultisme attire l'attention sur l'unité secrète, gigantesque puzzle dont il s'applique à  réunir les diverses pièces. Il croit que " les astres inclinent l'homme s'ils ne le déterminent point ", et il reconnaît une identité profonde entre un morceau de cuivre et un brin de verveine. Il ne croit pas seulement à  l'apparence ; il croit à  la réalité en soi. Il s'agit donc, par l'étude et la pratique de l'occultisme, d'échapper aux tyrannies des apparences pour retrouver, au-delà  des sens et de la raison, le chiffre des choses. Si le terme d'occultisme est inventé, à  la fin du dernier siècle (1893), par le mage Alphonse-Louis Constant, plus connu sous le nom d'Eliphas Lévi, la naissance des " sciences occultes " se perd dans le plus lointain passé. L'histoire de l'occultisme (sa préhistoire demeure trop obscure pour qu'on puisse sérieusement prétendre l'étudier) commence avec celle de l'Orient ancien, particulièrement avec celle de l'Egypte et de la Chaldée, cette dernière sans doute dépositaire des traditions sumériennes. A ces époques reculées, les religions et les lois, qui châtient l'occultisme, ne dédaignent pas toujours de le professer. Des articles entiers du code d'Hammourabi (2000 av.J.-C.) légifèrent contre les mages, et les prêtres luttent contre les fléaux telluriques, naturels et humains à  l'aide d'envoûtements et de talismans.

La Bible (Exode, XXII, 18) condamne formellement la magie : " Tu ne laisseras point vivre la magicienne ", alors que Moïse en use, sans scrupule, dans son combat qui l'oppose aux pontifes égyptiens. On remarquera, dans les temps chrétiens, un phénomène presque identique lorsque les sciences secrètes, officiellement pourchassées par l'Eglise, seront pratiquées, dans le silence du cabinet, par certains de ses membres (l'abbé Tritheim), et jusque par ses papes (Jean XXII) et ses saints (Albert le Grand, Thomas d'Aquin).

Trois explications éclairent ces apparentes contradictions : la volonté de maintenir l'unité de la foi, la discipline et l'ésotérisme des découvertes. A la chute de Constantinople (1453), la Chrétienté retrouve l'occultisme qu'elle a rencontré deux siècles plus tôt, lors des croisades, au contact de maîtres musulmans. Réfugiés en Europe, des savants byzantins, souvent ecclésiastiques, possesseurs d'une partie de l'héritage occulte des Anciens, forment de nouveaux adeptes. Durant les XVIe et XVIIe siècles, leurs élèves poursuivront la quête, mais parfois aussi s'égareront sur les chemins ténébreux de la sorcellerie. Sociétés occultes et franc-maçonnes (elles se subdivisent les unes et les autres en quantité de sectes) fleuriront tout au long des XVIIIe et XIXe siècle, l'abbé Boulan, Mme Blavatsky, le docteur Papus, Stéphane de Guaà¯ta, Joséphin Péladan, Eliphas Lévi, au XIXe siècle, passionneront profanes et chercheurs. Les premiers seront surtout séduits par le pittoresque savoureux des déclarations publiques, l'excentricité des mises, le scandale des vies privées. Les seconds seront intéressés par cette recherche d'une unique origine de la Connaissance.